Chien d’Artois : l’histoire d’une lignée entre 1990 et 2000

UNIC, l’arrière-grand-mère, premier sujet de cette formidable génération

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Dans les années 1990, quelques passionnés de chasse au blanchot, en Haute-Savoie, ont durablement marqué le visage du chien d’Artois. Leur histoire éclaire pourquoi certains sujets s’écartent aujourd’hui du standard de la race.

Un témoin de cette époque, aujourd’hui installé en Aquitaine, raconte cette lignée sur quatre générations.

Ce récit, à la première personne, retrace l’histoire d’une saillie qui a marqué la race bien au-delà de la Haute-Savoie. Il éclaire aussi pourquoi le terme « typé Artois » circule encore chez les chasseurs et les amateurs de la race.


Aux sources de la passion : la chasse au blanchot sur les pentes du Mont Blanc

Entre 1990 et 2000, trois amis chassent au bâton avec leurs chiens d’Artois. Leur gibier est peu commun : le blanchot, ce lièvre variable des Alpes.

Leur terrain de chasse est à la hauteur de l’enjeu : les versants du Mont Blanc, un territoire exigeant, marqué par l’altitude et le relief.

Finesse de nez, résistance et endurance à l’effort : ces qualités deviennent indispensables à leurs auxiliaires. Les trois chasseurs, eux-mêmes quasi marathoniens, ne recherchent aucun compromis.

Une quête qui mène jusqu’en Haute-Savoie

Leur histoire parue dans un reportage du Chasseur Français attire mon attention sur le chien d’Artois. Je me mets alors en quête d’un sujet de la race.

Quelques semaines plus tard, je parcours 800 km jusqu’en Haute-Savoie. Une portée vient justement de naître chez les trois chasseurs du Mont Blanc.

Je rentre en Aquitaine avec mes deux chiennes. Bien dans le standard, elles font parfaitement leur travail dans la voie du lièvre.

Deux chiennes fidèles au standard, mais différentes au chenil

Leur comportement social surprend cependant au chenil : très calmes et attentives, elles se distinguent de ce que j’attendais.

Je leur consacre chaque jour un bon moment. Cette proximité quotidienne scelle mon attachement à la race.

UNIC, une nouvelle venue qui s’installe en Aquitaine

Devenu « accro » au chien d’Artois, je patiente deux ans. UNIC naît alors, toujours en Haute-Savoie, dans le département 74.

Comme ses aînées, elle rejoint l’Aquitaine. Tous ces chiens sont inscrits au LOF, le Livre des Origines Français.

Mais durant sa croissance, des différences avec le standard apparaissent. À 18 mois, j’en informe les éleveurs de Haute-Savoie : « plus du tout dans le standard ».

Une chasseuse hors norme malgré l’écart au standard

L’écart de conformité est largement compensé par les qualités de chasse d’UNIC. Dès un an et demi, elle va chercher le lièvre puis le renard, souvent devant la meute.

Pendant sept saisons, elle fait la réputation de la race dans toute la région. Je parviens à lui faire donner une portée.

Le tournant : une saillie avec un chien suisse

Les éleveurs savoyards, passionnés et perfectionnistes, finissent par avouer un écart : une saillie avec un voisin helvétique. Ce chien, plutôt grand et tricolore, aux tendances « schwytzoises » (du canton de Schwyz), était considéré comme le meilleur de son canton.

Sans le savoir, je deviens l’un des premiers bénéficiaires de ce croisement. Cette portée capte alors tout ce que la génétique peut offrir en matière de qualités de chasse.

Une génération hors norme, mais un standard bousculé

Le revers de la médaille se chiffre en deux à trois dizaines de chiots hors standard. C’est cette génération qui explique en partie la situation observée aujourd’hui.

Sur quatre générations, les mêmes traits reviennent malgré les tentatives de retour au standard. Les portraits d’UNIC, l’arrière-grand-mère, et de TARA, sa descendante 22 ans plus tard, en témoignent.

Présents au club et sous la pression de Mme Pilat, figure historique qui avait contribué à sauver la race de l’extinction dans les années 1970, les éleveurs savoyards durent démissionner.

UNIC, l’arrière-grand-mère, premier sujet de cette formidable génération
UNIC, l’arrière-grand-mère, premier sujet de cette formidable génération

Ce que cette période a changé dans le standard de l’Artois

Il faut reconnaître à ces éleveurs un formidable coup d’accélérateur donné à la race. Leur génération, hors norme, se situait au-dessus du lot, il y a de cela plus de 25 ans.

Mais le standard en a pris un coup. Les écarts constatés se retrouvent encore aujourd’hui chez certains sujets :

  • une tête plus fine, avec un stop moins marqué
  • une oreille plus longue et plus droite
  • un manteau plus noir
  • une structure plus légère

Ces traits sont tenaces. On les reconnaît encore aujourd’hui chez des sujets parfois qualifiés de « typés Artois », une expression un peu dégradante mais justifiée.

TARA, 4e génération de cette lignée
TARA, 22 ans plus tard, 4e génération de cette lignée

L’histoire d’une période et d’une lignée, dans le temps long de l’Artois

Il ne s’agit que de l’histoire d’une période et d’une lignée. Mais elle a sérieusement marqué le devenir du chien d’Artois dans notre pays.

Depuis le XIVe siècle, la race a déjà traversé d’autres crises. La sagesse de nos anciens les a chaque fois résolues.

Faisons de même aujourd’hui. C’est aussi l’objet du travail mené par l’ANACAF autour de la génétique de la race : mieux connaître ces lignées pour mieux préserver le standard. Rejoindre l’association, c’est contribuer à cette vigilance collective.


FAQ : la lignée du chien d’Artois des années 1990

Qu’est-ce qu’un chien d’Artois « typé Artois » ?

C’est l’expression utilisée pour désigner un sujet qui présente des traits hérités de la génération issue du croisement des années 1990 : tête plus fine, oreille plus longue et droite, manteau plus noir, structure plus légère.

Pourquoi certains chiens d’Artois ont-ils une tête plus fine ou une oreille plus longue ?

Ces écarts trouvent leur origine dans une saillie avec un chien suisse réalisée par des éleveurs de Haute-Savoie entre 1990 et 2000. Cette génération a apporté d’excellentes qualités de chasse, mais aussi un net éloignement du standard morphologique.

L’inscription au LOF garantit-elle la conformité au standard ?

Non. Le LOF atteste l’origine généalogique d’un chien, pas nécessairement sa pleine conformité au standard, comme le montre cette histoire : les chiennes de cette lignée étaient bien LOF, tout en s’éloignant progressivement du standard.

Comment l’ANACAF travaille-t-elle aujourd’hui sur les lignées et la génétique de la race ?

L’association s’appuie sur un travail de sélection génétique fondé sur des critères de conformité, de chasse et de reproduction, évalués notamment lors de rencontres annuelles.


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