Qu’est-ce qu’un bon chien courant ? La réponse ne se réduit pas à une belle robe ou une taille au garrot. Elle se lit surtout dans la façon dont un chien travaille la voie. Voici un éclairage sur les trois grandes qualifications cynégétiques qui font la richesse d’une meute d’Artois.
Derrière chaque Chien d’Artois qui chasse, il y a un rôle. Certains lancent, d’autres rapprochent, d’autres encore constituent le socle patient et fiable de la meute. Comprendre ces qualifications, c’est mieux connaitre ses chiens et mieux les conduire. C’est aussi la clé d’une sélection éclairée, fondée sur l’observation du terrain plutôt que sur les seules origines généalogiques. Ce que nous vous proposons ici découle de soixante-dix ans d’expérience cynégétique et cynophile, transmise avec soin au sein de notre association.
Le mauvais rapprocheur : un signalement, pas une condamnation
Le mauvais rapprocheur est un chien qui aime les voies froides, voire très froides. Il manque de réalisme. Il n’est pas idiot pour autant : il a peut-être été formé par de trop vieux chiens, trop lents, trop collés à la voie. Il peut aussi avoir été encouragé par un conducteur qui appréciait le spectacle du récri dans la prairie sans chercher à progresser. Un marqueur génétique défaillant peut également être incriminé.
Dans la quête du lièvre, plutôt que de chercher la voie de retire, ce chien préfèrera faire marche arrière vers les voies du début de nuit, inchassables. Sur un pied de sanglier, on aura tous entendu quelque conducteur vanter un rapprocheur capable d’empaumer une voie de trente-six heures. Impressionnant, certes, mais à quoi bon ? Ce sujet inspire plus de méfiance que de confiance et doit, sauf exception, être écarté de la reproduction.
Le rapprocheur moyen : fiable, droit, mais limite
Le rapprocheur moyen est un chien qui a acquis la notion des voies trop froides. Il ne s’attardera pas sur un coup de nez indiquant un passage trop vieux. Il recherche immédiatement plus loin, avance doucement, sérieux dans sa quête. Lorsqu’une voie plus récente est trouvée, il se récrie et s’applique à suivre lentement la trace.
Mais c’est ici que se dessine la limite par rapport au grand rapprocheur. Le rapprocheur moyen manque d’initiative sur un défaut : il aura tendance à reculer plutôt qu’à anticiper. Il aime les voies rectilignes, ce qu’on appelle être un chien droit. Ce n’est pas un défaut en soi. On le retrouvera souvent en arrière-garde de la meute, jouant un rôle de frein du convoi, comme on les appelait autrefois en Ariège. Une utilité reconnue, mais pas une excellence.
Le grand rapprocheur : précis, sérieux, infatigable
Le grand rapprocheur ne supporte pas les voies froides. Il les juge inchassables et irréalistes. Il prend des voies plus récentes et avance plus ou moins vite selon ses origines, toujours très sérieux dans son travail. Il se récrie, mais pas aussi fort que sur un lancer ou une poursuite. Sa quête est droite, rapide, avec quelques balancers. Ce chien fait du chemin.
Une qualité supplémentaire distingue les meilleurs sujets : lorsque la voie diminue et s’arrête, le grand rapprocheur continue son trajet. Il anticipe un changement de terrain à venir et va retrouver en avant les molécules d’odeurs perdues. C’est ce qu’on appelle un chien droit, au sens noble du terme. Ces sujets ne sont pas rares, mais heureux sont les conducteurs qui les mènent.
À l’époque où l’on chassait beaucoup le lièvre, le grand rapprocheur était souvent un chien de double : capable de démêler la voie d’un animal qui, prenant de l’avance, avait fait un aller-retour sur plusieurs dizaines de mètres. Ces chiens étaient aussi rares que les chiens de chemin ou de goudron.

Le lanceur : le sommet de l’intelligence cynégétique
Parmi toutes les qualités en meute, le lanceur est le sujet le plus intelligent. Pour en comprendre les compétences, partons de la voie du lièvre, la plus délicate, la plus complexe. Durant la nuit, cet animal diffuse successivement au moins quatre principales odeurs sur son parcours : l’odeur de la voie du sol émise par ses pieds, celle des molécules de sa respiration, celle de ses glandes sébacées, et enfin celle de sa salive. Les ruses du lièvre avant de se gîter le conduisent à mélanger volontairement ces différentes odeurs en fin de parcours.
Dans le rapprocher, toute la meute est capable d’empaumer la succession de ces émanations indépendantes. Mais seul le lanceur comprend qu’au moment où il capte ce subtil et salvateur mélange d’odeurs, l’animal convoité est proche. On remarquera même que ce chien s’écarte régulièrement de la meute : il est à la recherche du cocktail d’odeur, car il a compris que c’est la façon la plus rapide de lancer.
Dans cette catégorie, on peut faire figurer le grand lanceur. Doté de toutes les qualités déjà décrites, certains sujets montrent une requête et une prise d’initiative bien supérieures à la moyenne. S’ils n’arrivent pas à lancer par manque d’émanation, ils lèvent la tête et, à vue, vont fouler rapidement les endroits où peut se trouver le gîte. Ce chien veut lancer, il sait lancer. C’est un grand chien courant.
Connaître ces profils, c’est mieux observer, mieux sélectionner, et finalement mieux respecter chacun de nos Artois pour ce qu’il est vraiment.

