La génétique classique pousse à privilégier les origines glorieuses. L’épigénétique suggère une autre voie : valoriser des sujets qui se sont forgés par le travail et la maturité. Un concept issu du monde de l’élevage équin qui commence à faire son chemin chez les chiens courants.
Nous avons tous tendance, lorsque nous choisissons nos reproducteurs, à privilégier les lignées reconnues, les origines glorieuses, les pedigrees impeccables. C’est le fondement classique de la sélection génétique, et il reste valide. Mais il existe une autre approche, moins connue dans le monde du chien de chasse, qui mérite l’attention de tout éleveur sérieux : l’épigénétique.
Qu’est-ce que l’épigénétique ?
L’épigénétique est une branche de la biologie qui s’intéresse aux modifications de l’expression des gènes sans altération de la séquence d’ADN elle-même. En clair, ce n’est pas seulement ce que vous portez dans vos gènes qui compte, c’est aussi la façon dont ces gènes s’expriment au fil du temps, en réponse à l’environnement, au travail, à la maturité.
Pour les éleveurs, cela se traduit par une idée forte : des sujets qui n’avaient pas prédestination génétique pour devenir d’excellents reproducteurs peuvent, grâce au travail intensif et à la maturité acquise sur le terrain, forger un épigénome de haute qualité de chasse. Et ils pourront le transmettre à leurs descendants.
Le modèle des chevaux de course
Cette technique est très largement utilisée par les éleveurs de chevaux de course, qui l’appliquent depuis longtemps. Un cheval d’origines modestes qui gagne course après course par son travail, son entrainement et sa maturité peut produire des poulains remarquables, même si son pedigree n’aurait pas retenu l’attention au départ. L’expérience accumulée dans l’entrainement s’inscrit dans le patrimoine transmissible.
Pour nos Artois, le principe est identique, même si la combinaison entre qualités de chasse et respect du standard rend l’exercice un peu plus complexe.
Ne pas s’enfermer dans le tableau des vedettes
Trop concentrer la reproduction sur quelques sujets vedettes, aussi excellents soient-ils, comporte des risques : réduction de la diversité génétique, renforcement de tares transmises sans qu’on le sache, appauvrissement progressif du pool reproducteur. L’épigénétique offre une alternative pour brasser différemment, sans trahir la race.
L’idée n’est pas d’introduire brutalement une autre race, ce que font parfois certains éleveurs qui ont renoncé à la patience, mais d’élargir le cercle des reproducteurs potentiels à des sujets qui ont démontré, sur le terrain, avec le temps, entre six et huit ans de maturité, qu’ils avaient atteint le plus haut niveau de chasse. Même si leurs origines n’étaient pas particulièrement nobles.
Un exemple vécu dans notre propre chenil
Une portée accidentelle survenue dans un chenil membre de l’association illustre bien le propos. Une très jeune lisse aux origines douteuses, issue d’un élevage pourtant connu, saillie par un mâle moyen, sans que cette saillie ait été planifiée. Les sujets issus de cette portée, pour ceux que l’on a pu suivre, sont devenus à bientôt trois ans des chasseurs accomplis, solidement intégrés dans leurs meutes respectives. Jamais ces deux reproducteurs n’auraient été choisis intentionnellement. Et pourtant.
Jamais je n’aurais choisi ces reproducteurs. Et pourtant leurs chiots finiront assurément aux meilleurs niveaux. J’ai dû faire de l’épigénétique sans le savoir. – Francis
Cette observation, confirmée par la science, doit nous inviter à plus de souplesse dans nos choix de reproduction, et à plus de patience dans notre évaluation des sujets. Un chien de deux ans ne dit pas encore tout. Un chien de six ans, en revanche, peut receler des trésors en chasse à transmettre.

