Sommes-nous vraiment à la hauteur de nos chiens ?

La question peut sembler provocatrice. Elle est pourtant essentielle pour quiconque se revendique amoureux du Chien d’Artois.

En septembre 2019, la Revue Nationale de la Chasse publiait un article retentissant sous la plume d’Aymeric Guillaume, intitulé « Des chiens devenus des consommables ». Le titre, volontairement brutal, résumait une réalité que beaucoup de chasseurs pressentaient sans oser la formuler.

Le chien de chasse, un outil jetable ?

L’enquête menée par l’auteur auprès du monde de la cynophilie dressait un constat sévère : dans certains milieux, notamment autour de la chasse au sanglier avec des meutes importantes, le chien serait devenu un « consommable à durée de vie limitée ». Des chiens mutilés, une espérance de vie réduite par des actions de ferme répétées, parfois encouragées pour le seul plaisir spectaculaire du contact.

Mais la mortalité n’est pas uniquement liée au gibier. Une cause économique entre en jeu : l’entretien d’une meute coûte cher (soins vétérinaires, infrastructure, alimentation de qualité). Tous n’ont pas les moyens d’y consacrer le budget nécessaire, et certaines meutes se retrouvent « mal en point ou mal soignées ». On ne nourrit pas une meute avec des carcasses de poulets, rappelait avec justesse un éleveur interrogé dans l’article.

La question de la sélection

Ce qui révolte tout autant que les conditions d’hébergement, c’est l’abandon de la sélection au profit de la quantité. Produire des chiens en grand nombre, sans s’interroger sur leur conformité au standard, sur leurs qualités cynégétiques, sur leur équilibre psychologique, voilà une dérive que nos membres ont unanimement déplorée. Le Chien d’Artois est une race qui a failli disparaître. Il a été sauvé avec patience, rigueur, et amour. Refaire de lui une race de série serait une trahison.

Mieux vaut prendre le temps de voir chasser ses chiens, d’en tirer les qualités et les défauts, et c’est à partir de là qu’on se rapproche de ce que l’on recherche. La base, c’est de prendre son temps et d’aimer ses chiens.

Avant 2 ans, rien n’est joué

Un chien courant ne révèle pas son caractère ni son comportement définitif avant l’âge de 2 ans. Cette réalité biologique est trop souvent ignorée. Influencés par quelques sujets hors du commun qui chassent tôt et fort, certains propriétaires s’impatientent et abandonnent des chiens qui n’ont pas encore eu le temps de se révéler. Notre rôle est de les accompagner dans ce parcours initiatique, pas de les juger trop vite.

Un optimisme néanmoins fondé

En vingt-cinq ans, une véritable prise de conscience s’est opérée dans le monde des chiens courants. Les conditions de vie dans les chenils se sont considérablement améliorées. La FACCC et sa revue ont largement contribué à diffuser les bonnes pratiques jusque dans les territoires les plus reculés. Et au sein de notre association, les « gladiateurs », ces chiens sacrifiés dans des actions sans limite, sont heureusement en voie de disparition.

Des solutions alternatives s’imposent d’elles-mêmes : beaucoup de nos Artois, trop bons pour être gâchés dans les parcs à sangliers, trouvent leur plein épanouissement dans la voie du lièvre. Un chemin qui les met en valeur sans les mettre en danger.

En conclusion, posons-nous sincèrement la question : faisons-nous tout ce qu’il faut pour être dignes de nos Artois ? La réponse honnête nous rendra meilleurs éleveurs, meilleurs chasseurs, et de meilleurs gardiens d’une race précieuse.